Hier, Aujourd'hui, Plus tard... Chapitre premier.
Faut-il que je me présente, modeste humaine, graine de poussière, raclure d'incohérence, inspiration futile, gamine hébétée, sourire naïf...?
J'ai perdu une montre magique, lorsque j'étais petite. Elle avait le pouvoir de me transporter hors du temps, hors de la réalité. Je la regardais d'un air sérieux, et je tournais solennellement les aiguilles, décidant du temps, disposant d'un pouvoir incommensurable entre mes mains d'enfants. Lorsque je repoussais le bouton, enclenchant ainsi un processus de non-retour, je laissais tomber mon bras lentement et j'observais autour de moi.
Et un monde se créait. Les arbres poussaient si vite que je ne pouvais les voir, la faune dense m'écorchaient les pieds sans que je ne proteste. Ici, c'était moi la reine. Je jouais à la course avec un singe savant, je grimpais aux palmiers, je riais avec les nuages.
Sous le regard ébahi de réalité.
Aujourd'hui, la montre, elle est dans mon esprit.
Connais-tu le pays blanc? Là-bas réside tous les griffonnages, les dessins, les croquis, tout ce qui n'a pas encore été créé. Je le connais depuis toute petite. Dans ce pays, tous attendent de partir pour rejoindre notre monde. Lorsque vous appuyez votre mine sur la feuille pour commencer un dessin, là-bas il disparaît au fil de votre avancé. Je n'ai pas toujours compris ce monde, mais je l'aimais. Je crois. Le pays blanc... Sa lueur blafarde, son infinité, son vide, son calme.
Les histoires...les mondes. Peter m'a soufflé à l'oreille de toucher la poussière de fée et depuis je suis fasciné par l'imaginaire. Je ne le savais pas encore, mais j'ai toujours eu de l'encre à la place du sang. Lorsque je découvrais, vivais les mots, j'en restais ébahis;
Sangloter... Sueur froide... figée d'effrois...Le pouvoir des mots était effrayant, magnifique.
Le contre-courant, c'était mon cheval de bataille, avant. Pendant l'adolescence, je disais que l'humanité était une putain. Aujourd'hui, c'est le Ying et le Yang.
J'en ai terminé avec l'école, et il est assez grisant de se dire que mon seul soucie aujourd'hui sera de trouver un travail...et d'écrire, toujours plus, infiniment. Pouvoir faire des tonnes de projets, sans avoir par derrière la menace d'un conseil de classe ou d'un examen où je n'aurais, de toute façon, pas pris la peine de réviser. Quand j'y repense, c'est une évidence. Même à 3 ans, je hurlais pour ne pas y aller. J'ai même tenté de fuir, bousculant tout le monde sur mon passage pour courir vers la sortie.
Pauvre mère, quand j'y pense...
Aujourd'hui ? Nouvelle vie, faut croire. Nouvel objectif, nouvelle liberté, nouvelle découverte. L'important sera de garder le cap, de tenir la barre sans faiblir. Garder dans l'optique que je fais ça pour mes rêves, uniquement pour eux. Mes chimères, ma vie, ma passion, rien que des mots sur une feuille. La beauté des mondes, juste mon émotion. Le reste n'est que poussière.